"Un des chefs-d'œuvre de l'art gothique" Comte Maxime de
Sars.
"Voilà une église bien digne d'être conservée"
Louis XV.
La pieuse Eusébie a fait élever une chapelle en souvenir
du miracle accompli sous ses yeux en 342. Cette chapelle prend de
l'importance dés le IVème siècle. Au VIème siècle on parle, non plus d'une
chapelle, mais d'une église qui est dotée par Saint-Rémy, évêque de Reims. Elle
est agrandie par Saint-Eloi, évêque de Vermandois, en 640 après la découverte
des reliques de Saint-Quentin. L'église est servie par des abbés. Pépin le Bref
fait don de cette église à Jérôme, un de ses frères naturels qui devient le
premier abbé laïque de Saint-Quentin et qui jouit ainsi des revenus ou prébendes
des Biens du Chapitre, tout en bénéficiant de prérogatives civiles, Il a aussi
droit de justice : il est donc très puissant. Charles le Chauve passe souvent à
Saint-Quentin et offre un évangéliaire que l'on dit aussi être un don de
Charlemagne.
Au IXème siècle, l'église est reconstruite par l'abbé
Fulrad (813-826). En 835, on effectue le transfert des ossements du martyr
dans une crypte sous le chevet ; ils prennent place dans une niche pratiquée
dans une colonne antique de marbre blanc datant du Même siècle. On descend dans
cette crypte par deux escaliers placés de chaque côté du chœur. Charlemagne
donne au Chapitre des ornements précieux et les reliques de Saint-Prix, évêque
de Clermont en 674 ; ces reliques seront ensuite données aux religieux de
Saint-Benoît. En 840 ou 45, le corps de saint-Cassien, évêque d'Autun voisine
avec celui de Saint-Quentin sur l'intervention d'un fils naturel de Charlemagne,
Hugues, devenu abbé de cette ville en 833. Charles le Chauve assiste à la
translation du corps de Saint-Cassien et concède à l'Eglise la terre de Tugny et
son domaine. En 859, l'église est incendiée ; elle l'est encore en
883. Elle est ensuite restaurée en 886 et 887. Les reliques de
saint-Victorice (apôtre de Thérouanne au IIIème siècle, mort décapité à Saint-
Fuscien près d'Amiens) et dues à l'évêque d'Amiens, sont déposées en 893 dans la
crypte, dans une alvéole semblable à celle où repose le sarcophage de Quentin. '
.
Une autre église s'élève en 942, commandée par le coutre
Gison, intendant ecclésiastique nommé par le sénéchal de Vermandois, chargé de
l'entretien des bâtiments, responsable des cérémonies et gardien du Trésor.
Peu avant 1103, un incendie provoque de sérieux dégâts ;
les chanoines font appel à la générosité des fidèles.
Le coûtre Mathieu (1113-1119 ?) pose la première pierre
d'une église grandiose. Les trois niches abritant les restes des saints
subsistent dans la vaste église mise en chantier et dont la construction durera
du XIIème au XVème siècle.
Ainsi l'église que nous connaissons a été mise en
construction au XlIème siècle. Elle est à l'origine, l'œuvre d'un
saint-Quentinois dont on ne sait presque rien sinon qu'il devait s'appeler Jean.
Bâtie sur un plan très particulier, celui d'une croix patriarca1e (deux
transepts presque égaux en longueur, à deux mètres près, mais non en
largeur),
Elle est imposante et son double déambulatoire entre les
transepts en fait une œuvre remarquablement originale. La croix patriarcale ne
se retrouve qu'à Cluny, Saint-Benoît-sur-Loire et sauvigny.
Le grand portail s'ouvre dans une tour carrée d'environ
50 mètres de côté, la Tour saint-Michel, qui ne correspond pas aux divisions
intérieures car le plan se modifie au cours de l'exécution des travaux. Cette
tour se divise en un porche, une tribune chapelle, un portail, un second et un
troisième étage.
En 1228, le coûtre Boson cède à la fabrique de l'église
toutes les oblations qui lui reviennent sur le territoire de l'ancien et du
nouveau bâtiment. Les travaux se poursuivent donc tandis qu'en1229, les
ossements des trois saints sont placés dans des châsses précieuses. En 1248, les
chanoines obtiennent la suppression de Notre-Dame Labon et le siège de cette
paroisse est transféré à Saint-Rémi. En 1256, Gilles le Brun, connétable de
France, vient en aide à la fabrique en lui accordant une rente à prélever sur la
taille du village de Roupy.